Retour sur la semaine du vivre ensemble au collège Olympe de Gouges

Retour sur la semaine du vivre ensemble au collège Olympe de Gouges

Témoignage de Denis Peschanski, 26 mars 2021



Je vais vous raconter une belle histoire qui réchauffe le coeur en ces temps si difficiles. A la tête d'un équipement d'excellence (plateforme d'outils technologiques) intitulée "MATRICE" pour mieux comprendre l'articulation entre mémoire individuelle et mémoire collective et, avec le neuropsychologue Francis Eustache, d'un programme transdisciplinaire de douze ans sur la mémoire des attentats terroristes du 13-novembre, j'ai toujours considéré que le travail du chercheur ne s'arrêtait pas à ses recherches stricto sensu. Surtout quand on travaille sur de tels sujets. Nous avons donc l'habitude d'intervenir lors de manifestations grand public ou dans des établissements scolaires. L'assassinat de Samuel Paty en a fait une urgence.


Je vais donc vous parler de notre intervention, un jour et demi, dans le collège Olympe de Gouges de Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis. En disant tout de suite que cela n'aurait pas été possible sans le pilotage sur place de Lola Jarry, professeur d'histoire-géographie, le soutien total de l'administration de la cité scolaire, l'engagement des enseignants (de telles interventions extérieures doivent être préparées). On a apprécié, comme il se devait, la présence du Recteur de l'Académie de Créteil.


Alors commençons par le plus spectaculaire. J'ai souhaité inviter un rabbin et un imam à dialoguer sur la République, la laïcité, la place de la religion, les religions de Livre et la nécessaire lutte contre le racisme et l'antisémitisme, le terrorisme et ses origines. Imaginez l'impact d'un imam (Larbi Khaled, le grand imam de la Mosquée de Paris) et d'un rabbin (Michel Serfati, président des Amitiés Judéo-Musulmanes de France - allez sur le site de l'AJMF) expliquant ensemble que ce sont les lois de la République qui priment, que la France nous garantit la liberté de croire (ou ne de pas croire) et donc de vivre sa religion (ou son athéisme). Entendre l'imam dire que l'Islam interdit de tuer même une mouche, alors comment justifier le meurtre d'un homme? Dire que derrière les attentats, il y a la haine et qu'il faut au contraire parler solidarité. Entendre le rabbin raconter ses visites dans toute la France, au volant de son camion (qui était dans la cour de l'école; un grand succès!), accompagné de deux jeunes musulmans. Expliquer aussi la proximité des religions du Livre. Un bonheur d'avoir organisé et vécu ce moment. J'espère pouvoir relayer bientôt le film de ces prises de parole. Pas un bruit dans une grande salle avec à chaque fois deux classes de 3e, si ce n'est pour poser des questions ou répondre à celles de nos deux intervenants.


Le lendemain, c'était... plus classique si je puis dire. Classe par classe pour les 7 classes de 3e. Et tous les amis de répondre toujours présent. Gaëlle, Mélanie, Catherine victimes des attentats du 13-Novembre; Jean-Luc aidant de première ligne, sorti de chez lui une trousse de secours à la main pour aider comme il le pouvait les blessés de la Belle Equipe, Rachid, commandant de police, venu dialoguer avec humour (comme toujours) et sans fard, Dominique parler de la radicalisation, elle qui intervient dans les prisons, Thierry, grand ami et grand pédopsychiatre, venu évoquer les violences à l'école et au sein des familles, Galia, Gabrielle et Marie (de l'OSE) sur la gestion du stress, Mustapha et, depuis Budapest, Daniel présenter leur film (magnifique) "22h01", Sophie et Irène pour parler de témoignages de résistants déportés, Salma parlant du cerveau et des fonctions cognitives, Emmanuelle présentant le projet de Musée Mémorial du Terrorisme, tandis que Carine et moi présentions le programme 13-Novembre, mais aussi, sollicités par un prof d'Espagnol, le Mémorial du Camp de Rivesaltes. Chacun ayant deux à quatre "cours" à assurer.


Je suis long mais voulais vous donner une idée de l'ampleur du programme, de l'engagement de personnes qui ont toutes, encore une fois, répondu présentes. Je voulais aussi vous faire partager mon émotion.